Coup de barre

Ça arrive, on sait généralement pas pourquoi, c'est soudain, c'est brusque, et très désagréable.
C'est un coup de barre.
On s'occupe, on cherche des trucs à faire, on traîne ici et là, on lit une dizaine de pages du dernier bouquin sympa, on fait du PC, on écoute de la musique, on regarde des séries télé, on arrose la plante décorative, on fait du rangement, on écrit un peu, on se connecte sur MSN, on essaie d'oublier, on cherche à avoir un contact. Mais au final, il revient.
On se demande pourquoi.
On confond le pourquoi et le déclic. Une musique, une pensée, une odeur, un air, une sensation, un souvenir... C'est le déclic. La raison est généralement plus profonde, et on parvient rarement à la connaître. Cette sensation au fond de la gorge, située entre la boule d'émotion et un goût amer d'âpre mélancolie ; pas une mélancolie douce à la pensée de visages oubliés, une mélancolie lourde de désespoir, significative de changements profonds et impalpables ou d'évènements sous-jacents dont les véritables conséquences ne paraissent pas aussi dramatiques... Mais sont bien plus tristes.
On se contrôle. On reste souriant.
On a envie de quelque chose, on ne sait quoi. On a envie que ça passe moins vite, on a envie de revenir en arrière, on a envie d'arrêter, on a envie d'oublier cette sensation qui ronge votre moral peu à peu, jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un vide sombre et nostalgique.
On en parle.
On en parle peut-être, pas sûr. Sous d'autres termes, de telle façon qu'il sera difficile d'y déceler le sens véritable qu'on y a mis. On a l'impression que personne comprend, même si on entend "Je comprends parfaitement". C'est plus désagréable qu'une nausée, plus triste qu'une rupture, plus incompréhensible que l'amour, quoique.
On se contient.
Par pure décence, par pudeur, par prudence, on se contient, on n'explose pas. On ne s'effondre pas. On n'en parle plus. On sait qu'on croit que c'est de passage. C'est peut-être même déjà passé, pour l'autre. Mais non. C'est plus fort, et même si ça dort, ça reviendra après.
Et puis on débale. Sur le net, sur son blog. On le fait lire. Des réactions plus ou moins convenues, inquiétudes, amusement, raillerie douce ou moquerie mauvaise. On n'a pas le moyen de savoir.

Non, non, je ne pleure pas sur la vie, sur mon passé, sur l'appréhension de l'avenir. Mais quand il faut que ça sorte, quand on sent qu'on peut le sortir pour en faire quelque chose, il vaut mieux en faire profiter. Ça peut faire réfléchir, ça pourrait être utile, ça peut soulager.
Cela n'a peut-être pas de rapport, peut-être que ça en a. Je n'en sais moi-même rien : Mais le temps passe trop vite. Le temps passe trop vite et, on ne s'en rend pas assez compte. On est nés la semaine dernière, on était en primaire avant hier, on a quitté le collège hier soir. On se rappelle de tout ça, c'est si proche, et si loin. Et la fin est bientôt, dans moins de deux mois, on sera vieux et on s'éteindra. La vie pourrait disparaître aussi avant, brusquement, sans raison.
On regrette toujours quelque chose. Je ne regrette pas d'avoir fait que ce que j'ai fait, ni avoir eu mon parcours. Mais je me souviens de la véritable enfance, lorsque l'innocence et l'inconscience nous modelaient. Au sortir de cette enfance, on a perdu plus qu'on ne le croyait. Ce sera ainsi, plus ou moins brutalement et fortement, tout au long de la vie. Au sortir du collège, j'ai aussi perdu quelque chose. Oublié des sensations et des moments plus que vrais, que je ne revis que par intermitence. C'est ainsi pour tous, cherchez et vous verrez.
Dans un peu plus d'un an et demie, les cours seront terminés. Le bac, puis plus rien. On quittera la quasi-totalité des connaissances, et malgré nos "on ne se perdra pas de vue", il est évident que la grande majorité ne seront jamais revus. Profitez donc de vos instants présents, ensemble. La suite sera complètement différente. Mieux, pire, je ne sais pas, mais vous perdrez forcément quelque chose...
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